Le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié par l'InVS (Institut de Veille Sanitaire) est paru hier. Il est consultable dans son intégralité ici.
Cette semaine, il est composé d'une série d'articles formant une enquête épidémiologique complète au sujet du chlordécone en Martinique (mais aussi en Guadeloupe) et de son éventuel impact sur la santé.
Rappelons tout d'abord que le chlordécone est un pesticide organochloré de la famille des DDT qui a été utilisé pendant longtemps dans l'agriculture Martiniquaise (entre autre) pour lutter principalement contre le charançon de la banane. Le chlordécone a été interdit aux Etats-Unis dès 1976. Il a fallu attendre 1990 pour qu'il soit interdit en France métropolitaine et enfin 1993 pour les Antilles Françaises (Guadeloupe et Martinique). C'est un débat houleux et une source de ressentiments en Martinique car il a continué d'être utilisé illégalement jusque dans les années 2002/2007 pour écouler les stocks restants... avec la bénédiction des autorités...
Mais revenons à l'étude de cette semaine.
La première étape de cette démarche est l'étude de la population exposée. En effet, tous les habitants de la Martinique n'ont pas les mêmes risques ni les même niveaux d'exposition. La proximité environnementale est la première piste, mais l'étude des comportements alimentaires en est une autre, afin d'estimer au mieux les niveaux d'exposition.
Les niveaux de contamination par aliment ont ensuite été mesurés. Tous les végétaux ne sont pas égaux face au chlordécone.
Un croisement de ces données avec une étude des sols contaminés est ensuite faite pour affiner les risques et le niveaux d'exposition.
Une autre étude est également présentée sur la répartition géographique des cas de cancer pouvant être liés à la pollution des sols par le chlordécone.
La conclusion de cette série d'articles est relativement simple et confirme les hypothèses précédentes (dont les premières datent quand même de 1977) : "Le problème est suffisamment compris pour agir immédiatement".
Schématiquement : présence de chlordécone = augmentation du nombre de cancers.
Bien sûr, comme c'est un sujet sensible et que les conclusions ne sont jamais aussi évidentes, c'est dit autrement :
"Tout en gardant à l’esprit les limites intrinsèques d’une étude cas-témoin et la non-reproductibilité de la présente étude, les résultats et conclusions apportent quelques éléments en faveur d’une association causale entre exposition au chlordécone et survenue d’un cancer de la prostate.
Sans pour autant apporter de preuves formelles, ce que rarement une étude épidémiologique peut fournir, les conclusions de l’étude Karuprostate doivent inciter les autorités sanitaires à prendre toutes les mesures utiles destinées à protéger les populations, en particulier celle de la réduction des expositions."
Suivent ensuite diverses propositions de mesures à prendre, destinées aux autorités.
Bref, un document très intéressant. A lire.
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