Il était une fois, un petit bonhomme, enfermé dans le bocal douillet de la routine confortable au fond d'un bureau terne d'une administration de province. Un jour le petit bonhomme décide que, décidément, c'est pas ça qu'il a choisi de faire dans la vie. Il se dit que la vie n'est sûrement pas faite pour enfermer les gens dans un bocal...
Alors, il décide de changer de métier. Il se dit que ça fait un peu niais et mièvre, mais que ce qu'il veut faire c'est être utile, soigner, consoler, écouter...
En bref : être infirmier.
Ce site raconte son histoire...

samedi 15 octobre 2011

Extrait...

15 mars 2010

Il était déjà venu dans cette clinique. Il se souvenait vaguement que le bureau d’accueil n’était pas tout à fait comme ça, à l’époque. Il traversa le hall en souriant à l’hôtesse d’accueil et se dirigea vers les ascenseurs. Il y avait moins d’animation en ce début d’après midi que le matin. Lorsque l’ascenseur s’ouvrit, il était vide. Jeremy monta dans la cabine et appuya sur le bouton « -1 ». Il se souvenait que les vestiaires étaient aux sous sols. Inconsciemment, il se mit à siffloter en attendant que l’ascenseur arrive à l’étage en dessous. A peine quelques secondes plus tard, Jeremy ressentit la décélération à l’instant où il entendit la faible sonnette ressemblant à un petit « Ding » de micro-ondes.
 
Lorsque les portes de la cabine glissèrent sur leurs rails, Jeremy ressentit une grande satisfaction. La bouffée de chaleur humide à l’odeur de lessive qui lui envahit les narines lui rappela instantanément la buanderie de son enfance, lorsqu’il venait se blottir contre le linge propre encore chaud que sa mère repassait. Cela le fit rire.
Il hésita une seconde, en sortant de la cabine, sur la direction à prendre. Mais ses souvenirs étaient de plus en plus vifs. Il prit à gauche et remontant le couloir, il aperçut le panonceau indiquant la direction des vestiaires des hommes.
Il croisa un homme vêtu d’une blouse blanche en entrant dans le vestiaire. Il chercha rapidement le casier portant l’étiquette « Stagiaire » et perdit son sourire en ne le trouvant pas. Il actionna la poignée de la porte du seul casier sans étiquette et poussa un grognement de satisfaction en découvrant qu’il contenait une blouse et un pantalon propre.
Moins de trois minutes plus tard, il ressortait du vestiaire, toujours souriant. Il avait rangé ses affaires dans le casier, mis un stylo à sa poche de poitrine et son petit matériel dans la poche droite de sa blouse. Il ressemblait à n’importe quel soignant de la clinique…
Il remonta dans l’ascenseur et regarda sa montre. 14h12. Parfait. Il était à l’heure.
Cinq niveaux plus haut, il ressorti de la cabine en sifflotant. Pourquoi fallait-il qu’il sifflote à chaque fois qu’il était dans un ascenseur ? Il se promit d’y faire attention et d’avoir un meilleur contrôle sur lui-même.

Couloir de gauche, secrétariat vide, salle d’attente. Jérémy suivait l’itinéraire qui le menait jusqu’à la chambre de la patiente qu’il venait voir. Le couloir du service était vide. A cette heure ci, les soignants étaient occupés à se transmettre les informations de chaque patient entre l’équipe du matin et l’équipe de l’après-midi. Ils étaient tous dans le bureau des infirmières. D’ailleurs, Jérémy entendit le rire d’un homme s’échapper du bureau.

Chambre 412. La porte était ouverte. La patiente regardait la télé.
— Bonjour ! dit Jérémy en souriant. Je suis l’infirmier de l’après-midi. Comment allez-vous aujourd’hui ?
— Ca va très bien, merci. Répondit la patiente surprise de cette intrusion, inhabituelle à cette heure.
— Je vais vous faire une injection, dit Jérémy.
Il posa sur l’adaptable le trocart, la seringue de 20 ml et les deux ampoules qu’il avait sorties de sa poche.
— Ha bon ? Et qu’est-ce que c’est ?
— Un relaxant musculaire. Vous êtes tendue, en ce moment, non ?
— Pas spécialement… répondit la patiente.
Elle se désintéressa de ce que faisait l’infirmier et tourna la tête vers le téléviseur.

Les gestes de Jérémy étaient sûrs. Il se souvint que la première fois, il avait tremblé au point de faire tomber l’ampoule. Elle s’était cassée. Ca avait failli poser un gros problème. Heureusement, il avait pu trouver une autre ampoule dans le service assez facilement. C’est pour ça qu’aujourd’hui il avait pris la précaution de prendre deux ampoules. Au cas où.

Il ne prit pas la peine d’aller fermer la porte. Il se sentait sûr de lui. Il adapta le trocart sur la seringue et cassa la tête de l’ampoule. Il aspira les 10 ml contenus dans l’ampoule avec sa seringue et se prépara à chasser l’air de la seringue. Il avisa la seconde ampoule posée sur la tablette et se demanda ce que ça ferait s’il injectait les deux ampoules… Il joua avec cette idée quelques secondes et se décida. Il cassa la tête de la deuxième ampoule et en aspira également le contenu dans sa seringue.
Il jeta un regard vers sa patiente. Elle avait toujours les yeux rivés sur la télé. Elle ne s’occupait pas de lui. Typique ! se dit-il. Habillez-vous en blouse blanche dans un hôpital et vous devenez invisible ! Fondu dans la masse. Exactement ce qu’il lui fallait.
Il reporta son attention sur la perfusion qui coulait dans les veines de la patiente, repéra le robinet trois voies et le ferma. Par curiosité, il lut les inscriptions sur le flacon sur lequel était branché le tuyau de la perfusion. « Paracétamol, 1G ». Ca n’évoquait rien pour lui.

Il se concentra sur son geste. Il ne fallait pas qu’il se pique. Ca ne risquait sûrement pas grand-chose, mais il n’aimait pas les piqûres.
Il se pencha en avant, prit la tubulure de la perfusion, près du bras de la patiente, entre le pouce et l’index de sa main gauche et utilisa sa main droite pour enfoncer le bout de son aiguille dedans. Il fit attention de ne pas trop enfoncer l’aiguille et de ne pas traverser la tubulure de part en part. Puis il se redressa, sourit et enfonça le piston de la seringue. La résistance fut plus importante que celle à laquelle il s’attendait. Il appuya plus fort.
— Aïe ! Ca fait mal ! lui dit la patiente en tournant la tête de son côté en fronçant les sourcils.
— Ca ne sera pas long, répondit Jérémy avec un sourire sadique.

Il avait injecté les deux tiers de la seringue quand la patiente eu un premier soubresaut. A peine une seconde après, elle eut une sorte de râle crispé. Le piston était arrivé au fond de la seringue et Jérémy avait retiré l’aiguille. La patiente se mit à trembler de tous ses membres en se raidissant. Elle semblait essayer d’attraper la perfusion mais ses mouvements étaient complètement saccadés et sans aucune coordination. Ses yeux écarquillés étaient fixés sur Jérémy qui était en train de ramasser tranquillement les deux ampoules vides, la seringue, l’aiguille recapuchonnée et les emballages en plastique. Elle voulait hurler sa douleur mais aucun son ne sortait plus de sa bouche. Elle ne parvenait plus à remplir se poumons d’air. Ses jambes se raidirent, ses bras se plaquèrent contre le matelas, sa tête s’enfonça en un grand coup en arrière dans l’oreiller. Elle se cambra violemment au moment où son cœur s’arrêta.

En reprenant l’ascenseur, Jérémy réussit à ne pas siffloter. Il était content. Il avait réussi à contrôler sa pulsion. Il était aussi content d’avoir accompli sa mission. Il avait mieux réussi que la première fois. Cela voulait dire qu’il progressait. Il aimait progresser.
Il se changea tranquillement en pensant à ce qu’il allait faire de son après-midi. Il fallait qu’il appelle le Patron pour lui dire que c’était fait, mais il ne pouvait pas l’appeler avant 20h. Il avait du temps. Il plia proprement la tenue qu’il avait empruntée et la rangea dans le placard. Avant de sortir de la clinique, il fit un sourire charmeur à l’hôtesse d’accueil, tout en jetant dans la poubelle du hall, la seringue et l’aiguille ainsi que les deux ampoules de chlorure de potassium à 20%.

Au quatrième niveau, les transmissions étaient terminées. L’infirmière de service cet après-midi sortit du bureau avec ses collègues. Elle se dirigea vers le fond du couloir pour saluer les patients et s’assurer que tout allait bien.
En passant rapidement devant la chambre 412, elle jeta un œil distraitement sur la patiente. La télé était allumée mais la patiente regardait fixement vers la porte avec les yeux exorbités et la bouche entre ouverte. L’infirmière trouva ça bizarre et fit demi-tour. Elle entra dans la chambre en inondant la pièce de sa bonne humeur habituelle.
— Bonjour Madame, je suis Sophie, l’infirmière de l’après-midi. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
La patiente n’eut aucune réaction. Sophie posa sa main sur celle de la patiente, à la fois pour établir un contact direct, pour manifester son empathie et pour évaluer sa température corporelle.
— Il y a quelque chose qui ne va pas ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils et en cherchant le pouls au poignet de la patiente.
Ne trouvant pas le pouls au poignet, elle le chercha sur la carotide. Toujours rien. Elle se pencha et mis son oreille prés de la bouche de la patiente à la recherche d’une respiration. Elle compta dix secondes avant de se redresser en hurlant :
— Hervé ! Eric ! Nathalie ! J’ai besoin d’aide ! Vite !!
Déjà, elle dégageait l’adaptable et les abords du lit. Quinze secondes plus tard, Eric, un infirmier, puissant gaillard d’un mètre quatre-vingt-treize, fit irruption en courant dans la chambre. Puis ce fut le tour de Nathalie, une aide soignante chétive mais toujours dynamique.

Hervé, le second aide soignant de l’après-midi, arriva dans la chambre alors que Sophie avait déjà entamé la RCP après avoir mis la patiente par terre avec l’aide d’Eric.
— Hervé ! Appelle Lemaisre ! Dis-lui de venir tout de suite ! Cria Sophie.
Hervé repartit dans l’autre sens en courant. Il se précipita dans le bureau des infirmières et chercha sur le bureau le calepin du service.
Il trouva la ligne qu’il cherchait et composa le numéro du bureau du Dr Lemaisre. Pas de réponse.
— Allez ! Décroche ! S’énerva Hervé.
Au bout de quarante secondes d’attente, il raccrocha sans lâcher le combiné et composa le numéro du portable de médecin.
— Docteur Lemaisre, j’écoute ?
Le médecin avait décroché à la première sonnerie.
Hervé prit une seconde, avala sa salive et dit :
— Docteur, c’est Hervé, au quatrième. Il faut venir tout de suite. Il y a un problème avec votre femme.

4 commentaires:

  1. Bien, très bien même !!! Je suis résolument fan !!!!

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  2. Hé hé hé !!!! ça y est, on est accros ! c'est super !!!! la suite, la suite, la suite !!!!

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  3. doudounnette dydynneNov 2, 2011 11:44 AM

    purée PY c du bon, du lourd j'attends la suite avec impatience ,;-)

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